Henri Nijdam, directeur de la publication et de la rédaction du Nouvel Économiste
L’objectif de ce palmarès du Nouvel Économiste axé sur la liberté d'expression, et qui peut en surprendre plus d’un, a été moins de transgresser les habitudes que de chercher à renforcer le sens et élargir le champ de ces trois notions que sont le capitalisme, le management, et la “régulation”, contre-pouvoir plus ou moins naturel, et quoi qu’il en soit nécessaire.
Jean-Paul Delevoye, président du CESE
Haroun Derbal, Manager de l’année Michèle Cotta : “Monsieur Derbal, vous avez installé vos quartiers dans la principale mosquée de la capitale phocéenne. Le vendredi, jour de la grande prière, vous pouvez accueillir jusqu’à 3 000 fidèles, dans une agglomération qui compte 200 000 musulmans, dont beaucoup de pratiquants.
Le choc du 7 janvier, celui de l’assassinat des journalistes de Charlie Hebdo, a dû être pour vous un “moment difficile”. Mais le mot est trop faible. Un moment de remise en cause du rôle des imams face à ceux qui écoutent la parole le vendredi, notamment à la mosquée : une interrogation sur la violence, une interrogation sur les textes, et peut-être aussi sur l’importance de la religion, sur le vivre-ensemble. Votre réponse aux questions que je vous ai posées a été : “Charlie Hebdo a le droit de pratiquer la caricature, on a le droit de ne pas être d’accord avec eux, mais en aucun cas d’utiliser la violence pour exprimer son désaccord. C’est valable pour tout le monde, y compris pour les musulmans”.
Le reste, c’est votre originalité que nous devons entendre, au nom justement de la liberté des uns et des autres. Vous pensez que pour les croyances religieuses quelles qu’elles soient, il convient de définir une ligne rouge à ne pas franchir, la liberté des uns finissant là où commence celle des autres. Vous le faites en insistant, ce qui est le plus important, sur la nécessité de l’islam de France en France.
Le combat que vous menez est pour un islam bleu, blanc, rouge. Il est utile, nécessaire pour nous tous, malgré le pessimisme qui nous saisit parfois, tandis que vous pensez que le pessimisme n’est pas obligatoire pour s’en sortir.
Quelques sondages vous donnent raison : 66% des Français jugent que seuls les musulmans radicaux posent problème, mais un sondage récent montre que 45 % des Français seulement croient que l’islam est compatible avec la démocratie. Votre rôle de manager est donc désormais de renverser ce chiffre par un double mouvement : aux musulmans, de faire comprendre la laïcité – je reconnais que ce n’est pas une tâche facile –, et aux laïcs, de faire comprendre les musulmans, ce qui n’est pas davantage facile. Bonne chance, tous nos vœux vous accompagnent !”
Haroun Derbal : “Pour être tout à fait honnête, “liberté” est un mot que j’utilise rarement, pour deux raisons : je considère que lorsqu’on est amené à parler de liberté, c’est qu’elle est bafouée et qu’on doit la défendre. Or, défendre légalement la liberté n’est pas défendre prioritairement la sienne, mais plutôt celle de tous, et particulièrement celle des autres. Notre repère doit demeurer la loi commune. Elle constitue notre meilleure garantie contre tous les travers, contre tous les excès des uns et des autres, contre toutes les interprétations des uns et des autres. Cette loi commune prend sa source dans des principes universels dans lesquels chacun peut se reconnaître.
“Notre repère doit demeurer la loi commune”
La liberté, c’est une évidence, une nécessité. Une des caractéristiques fondamentales de notre humanité universellement reconnues. Le Coran, le verbe divin, confirme ces enjeux. Je cite le verset 99 du Chapitre 10 : “Si ton Seigneur l’avait voulu, tous ceux qui sont sur terre croiraient”, et s’adressant au messager Mahomet, “est-ce à toi à contraindre les gens jusqu’à ce qu’ils soient croyants ?” L’islam nous enseigne que Dieu s’est interdit une seule chose : l’injustice. Et qu’il l’interdit donc à l’homme. Notre statut d’êtres libres et responsables nous impose l’incroyable devoir d’assumer cet attribut divin.”
“Charlie Hebdo”, Régulateur de l’année Michèle Cotta : “Alors là, Charlie Hebdo, Régulateur de l’année, l’expression les auraient bien fait rire ! Nos amis Cabu, Wolinski, notre ami Charb et tous les autres. Et je salue aussi Bernard Maris, notre délicieux confrère, si peu orthodoxe en économie, qui n’usait pas de caricatures mais de mots pour exercer sa liberté d'expression. Ah, s’ils avaient vu le 11 janvier autant de Français se mobiliser pour eux, tout ce qu’ils représentaient d’insolence et de courage !
Par Patrick Arnoux
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L’objectif de ce palmarès du Nouvel Économiste axé sur la liberté d'expression, et qui peut en surprendre plus d’un, a été moins de transgresser les habitudes que de chercher à renforcer le sens et élargir le champ de ces trois notions que sont le capitalisme, le management, et la “régulation”, contre-pouvoir plus ou moins naturel, et quoi qu’il en soit nécessaire.
Jean-Paul Delevoye, président du CESE
Haroun Derbal, Manager de l’année Michèle Cotta : “Monsieur Derbal, vous avez installé vos quartiers dans la principale mosquée de la capitale phocéenne. Le vendredi, jour de la grande prière, vous pouvez accueillir jusqu’à 3 000 fidèles, dans une agglomération qui compte 200 000 musulmans, dont beaucoup de pratiquants.
Le choc du 7 janvier, celui de l’assassinat des journalistes de Charlie Hebdo, a dû être pour vous un “moment difficile”. Mais le mot est trop faible. Un moment de remise en cause du rôle des imams face à ceux qui écoutent la parole le vendredi, notamment à la mosquée : une interrogation sur la violence, une interrogation sur les textes, et peut-être aussi sur l’importance de la religion, sur le vivre-ensemble. Votre réponse aux questions que je vous ai posées a été : “Charlie Hebdo a le droit de pratiquer la caricature, on a le droit de ne pas être d’accord avec eux, mais en aucun cas d’utiliser la violence pour exprimer son désaccord. C’est valable pour tout le monde, y compris pour les musulmans”.
Le reste, c’est votre originalité que nous devons entendre, au nom justement de la liberté des uns et des autres. Vous pensez que pour les croyances religieuses quelles qu’elles soient, il convient de définir une ligne rouge à ne pas franchir, la liberté des uns finissant là où commence celle des autres. Vous le faites en insistant, ce qui est le plus important, sur la nécessité de l’islam de France en France.
Le combat que vous menez est pour un islam bleu, blanc, rouge. Il est utile, nécessaire pour nous tous, malgré le pessimisme qui nous saisit parfois, tandis que vous pensez que le pessimisme n’est pas obligatoire pour s’en sortir.
Quelques sondages vous donnent raison : 66% des Français jugent que seuls les musulmans radicaux posent problème, mais un sondage récent montre que 45 % des Français seulement croient que l’islam est compatible avec la démocratie. Votre rôle de manager est donc désormais de renverser ce chiffre par un double mouvement : aux musulmans, de faire comprendre la laïcité – je reconnais que ce n’est pas une tâche facile –, et aux laïcs, de faire comprendre les musulmans, ce qui n’est pas davantage facile. Bonne chance, tous nos vœux vous accompagnent !”
Haroun Derbal : “Pour être tout à fait honnête, “liberté” est un mot que j’utilise rarement, pour deux raisons : je considère que lorsqu’on est amené à parler de liberté, c’est qu’elle est bafouée et qu’on doit la défendre. Or, défendre légalement la liberté n’est pas défendre prioritairement la sienne, mais plutôt celle de tous, et particulièrement celle des autres. Notre repère doit demeurer la loi commune. Elle constitue notre meilleure garantie contre tous les travers, contre tous les excès des uns et des autres, contre toutes les interprétations des uns et des autres. Cette loi commune prend sa source dans des principes universels dans lesquels chacun peut se reconnaître.
“Notre repère doit demeurer la loi commune”
La liberté, c’est une évidence, une nécessité. Une des caractéristiques fondamentales de notre humanité universellement reconnues. Le Coran, le verbe divin, confirme ces enjeux. Je cite le verset 99 du Chapitre 10 : “Si ton Seigneur l’avait voulu, tous ceux qui sont sur terre croiraient”, et s’adressant au messager Mahomet, “est-ce à toi à contraindre les gens jusqu’à ce qu’ils soient croyants ?” L’islam nous enseigne que Dieu s’est interdit une seule chose : l’injustice. Et qu’il l’interdit donc à l’homme. Notre statut d’êtres libres et responsables nous impose l’incroyable devoir d’assumer cet attribut divin.”
“Charlie Hebdo”, Régulateur de l’année Michèle Cotta : “Alors là, Charlie Hebdo, Régulateur de l’année, l’expression les auraient bien fait rire ! Nos amis Cabu, Wolinski, notre ami Charb et tous les autres. Et je salue aussi Bernard Maris, notre délicieux confrère, si peu orthodoxe en économie, qui n’usait pas de caricatures mais de mots pour exercer sa liberté d'expression. Ah, s’ils avaient vu le 11 janvier autant de Français se mobiliser pour eux, tout ce qu’ils représentaient d’insolence et de courage !
Par Patrick Arnoux
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